L’Etape du Tour 2008 (3)

Je sais, vous vous dites « il nous a bassinés depuis des mois avec son histoire d’Étape du Tour !  Et là plus rien depuis des jours, alors que l’épreuve s’est déroulée le 6 juillet… »

Bon, je vous raconte vite fait :

D’abord pour commencer, pas de suspense à la noix :  je n’ai pas terminé.

Bon, ça c’est fait.

Donc le 6 juillet au matin (levé à 4h00, quand j’y pense je suis déjà fatigué) avec mon petit frère on s’est pointés à Pau sur l’hippodrome où se déroulait le départ. Il était 6h00, il pleuvait.

La zone de départ avait été conçue en 10 sas matérialisés par des barrières, un sas par millier de coureurs. Le premier sas a été libéré à 7h00, il pleuvait. Mon sas, le dernier (dossard 9025) a été libéré plus d’une demi heure après les premiers, et il pleuvait toujours. Mais dans un sens il faisait jour. Retenez le coup du délai entre le départ des premiers et des derniers dossards. On était tous équipés d’une puce (un transpondeur qu’ils disaient) fixée à la cheville gauche, pour matérialiser le départ il fallait passer sous un grand portique sous lequel se trouvaient des capteurs. Bip !! 9025 est parti… et normalement j’aurais dû faire un autre bip à Hautacam, mais basta !

Alors déjà j’étais hyper impressionné de me trouver au milieu de tant de coureurs (8550 au départ seulement), mais le départ a été un peu fou pour moi qui ne suis pas habitué. Il y avait des coureurs de tous les côtés et ça commençait à rouler vite pour moi. Quelques dizaines de mètres et on était à plus de 30 km/h dans la traversée de Pau, puis pareil dans la sortie de Pau où il pleuvait toujours.

A ce propos, en bon parigot que je suis devenu, je suis parti dans le sud avec uniquement ma tenue d’été, je n’ai pas pris mes manchettes amovibles, mon vêtement de pluie. J’ai des lunettes avec des verres amovibles. Selon la saison je mets des verres plus ou moins teintés. Et bien j’ai juste pris les verres les plus teintés, inutiles par temps de pluie ou de brouillard (parce qu’il y avait ça aussi). Donc mon frangin m’a prêté un maillot manches longues, et la veille j’ai trouvé un petit coupe-vent qui se révèlera inutile, et bien sûr pas de lunettes.

Je reviens à mes moutons (ah ça, j’en verrai des moutons, et des vaches aussi) l’épreuve est lancée et ça va vite pour moi, je reste dans les roues de mon frère, pour ça je suis sur le grand plateau d’entrée de jeu (notez le ça aura son importance), et ma foi je tiens le coup, je garde la cadence pour rouler en peloton. Mon frère va s’arrêter pisser satisfaire un besoin naturel quelque part et je ne le reverrai qu’à l’arrivée où il aura produit son bip lui (il terminera 4397 ème au général, ramené à 3944 en temps réel, moi je dis qu’avec un dossard à plus de 9000 c’est bien).

Me voilà seul dans l’aventure toujours sous la pluie, ça rend les muscles des cuisses durs, ça rend le parcours dangereux. Ce fameux parcours est vallonné, jusqu’au pied du Tourmalet c’est une succession de côtes assez dures dont deux notamment, celles de Labatmale et de Loucrup qui flirtent avec les 7% qui seront classées en 3ème catégorie pour le Prix de la Montagne des pros.

La première montée se trouve à Rébénacq. Là c’est le gag. J’arrive dans le village et normalement on tourne à gauche, sauf que tout le monde mettait pied à terre. Devant moi, des centaines de coureurs sur des centaines de mètres, à pied, sous la pluie, en train d’escalader cette côte « à pied ». Vachement pratique avec les chaussures de vélo ! J’ai même pris des photos. On dira que ce truc nous a fait perdre un bon paquet de temps, et on ne saura jamais pourquoi on est montés à pied…

N’empêche, premières montées et aïe ! un point de côté ?!!!? Mais merde on n’a jamais de point de côté en vélo !! Ben moi oui. Il m’a fallu des kms pour que ça passe, imaginez une montée de côte avec un point de côté. Après ça, rien de particulier, mon objectif était de ne jamais me retrouver seul, toujours en peloton, pour perdre le moins de jus. Donc, les deux grosses cotes ça a été. A mon allure bien sûr, mais je montais plus vite que certains. Au fait, il faut que je note quelque part de perdre un peu de poids pour la prochaine fois, genre 4 ou 5 kgs, ça fera ça de moins à monter. Et je sais que je peux les perdre.

On récapitule, les montées ont été faites sérieusement, je ne me suis jamais promené, les parties plates toujours sur grand plateau, les descentes le plus vite possible en tenant compte du facteur pluie. Je passe Loucrup, je tourne à Montgaillard et je descend vers Bagnères-de-Bigorre. Enfin, je descend c’est vite dit, c’est un faux plat montant, et je commence à sentir moins de force dans les cuisses.

Ah, j’oubliais de vous parler de la mise hors-délai. Lorsque je me trouvais à Lourdes au ravitaillement avectous mes congénères une voiture munie d’une horloge géante (en fait, la voiture « horaire fin de course ») est arrivée et on nous a dit que nous étions presque hors limite… comment ça hors limite ? Alors qu’on roule comme des damnés depuis Pau ? Et sous la pluie ?!!! Bien sûr, le réflexe a été de repartir à bloc. Et qui je revois dans la montée de Loucrup ? La bagnole à l’horloge. Et encore plus tard sur la route de Bagnères, pareil, ça stresse un peu. J’avais lu la veille qu’on pouvait être mis hors course si on ne respectait pas des horaires de passage, alors ça stressait un peu oui.

Alors je passe Bagnères et à sa sortie on entre dans la vallée de Campan. Bon, normalement le tracé jusqu’à Sainte-Marie-de-Campan (oui, là même où Christophe a forgé sa fourche) ne pose aucun problème. Au fait, la pluie a cessé. Seulement je réalise que je suis « cuit ». Non, je me suis alimenté, j’ai bu. Mais j’ai roulé 90 kms à une allure à laquelle je n’avais pas roulé depuis des siècles, sous la pluie, alors ça s’explique. Et c’est à ce moment que mes lombaires se mettent à me titiller (tiens, je les avais oubliés ceux-là). Tant pis, je roule à mon rythme, je me dis que je verrai dans la montée du Tourmalet, on ne sait jamais. Hélas, à l’entrée de Sainte-Marie un officiel me dit que je suis hors délai et que je dois arrêter ou alors que je-peux-continuer-mais-que-ça-ne-comptera-pas-puisque-je-vais-devoir-laisser-mon-transpondeur. Et moi, je vois que je ne suis pas le premier à avoir été arrêté, je dis que ça va pour moi, je m’arrête.

Je rends le bidule, je regarde mon compteur, j’ai parcouru 102 kms à la vitesse moyenne de 24,8 km/h. Là sur le coup, je me disais que presque 25 à l’heure c’est pas mal, seulement les horaires de passage sont faits en fonction de l’heure de départ des premiers partis. Alors quand on part avec plus de 30 minutes de retard, quand on perd au bas mot 20 minutes à Rébénacq, on l’a un peu mauvaise de se voir mis hors course.

La suite est beaucoup moins intéressante. On a été pris en charge par un car balai qui nous a emmené au village d’arrivée, au pied de la montée d’Hautacam où j’ai attendu d’abord l’arrivée de mon vélo qui avait été transporté par camion (on se sent peu de chose sans son vélo), puis celle de mon frère.

Alors voilà, c’est terminé. 6 mois que j’attendais, redoutais, espérais cette journée et c’est fait. Il m’a manqué 60 kms et les 2 plus grosses montées, mais quand je vois l’itinéraire de la course je me dis qu’il ne manquait pas grand chose. Je vous dis rendez-vous l’an prochain. Je ne sais pas où se déroulera l’Étape du Tour 2009 (certainement dans les Alpes, ça fait longtemps que ça ne s’y est pas passé), je ne sais pas si j’y participerai, mais je me lancerai encore un défi de cette taille, parce que l’important dans cette aventure c’est de se sentir vivant.

Dossard 9025 :


Avant le départ :

Bouchon à Rébénacq :

Dans la montée de Loucrup :

Le parcours :

 

10 commentaires

  1. Franchement bravo! en ce moment, je suis à la campagne et je fais du vélo et je me dis « ils doivent souffrir sur le tour de france ». Suis bien contente de connaître l’épilogue. je pensais à toi. Félicitations.

  2. Quel courage …. tu peux être très fier de toi… c’est « énormenent » ( pour une bretonne qui au bout de 10min de vélo est déjà fatiguée) ce que tu as accompli!!!!!!!!! tout mes respects « chef » Je suis très impressionnée …..

  3. Je suis épatée de l’exploit et du fait que tu aies réussi à concrétiser ton rêve ! Tu peux quand même être fier de toi ! Merci de nous avoir offert cet épilogue, je comprends mieux l’essence de cette étape. Je ne savais pas que des amateurs pouvaient courir la veille du grand jour !Eh… ça va mieux les cuisses ?

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