Pourquoi ?

chaanie-sp2C’était ton enterrement de vie de garçon ? Les boîtes à striptease n’ont plus la côte ? Non, ce n’est pas possible. Mummm, une idée me vient : tu été victime de la dernière volonté d’un parent récemment décédé : c’était la clause d’attribution du magot ! Non plus ? Alors, tu fais peut-être partie d’un association qui se bat pour la défense des a priori et préjugés ?

Je ne parviens pas à trouver de réponse satisfaisante tu sais. Admet que ce n’est pas le genre d’endroit où l’on rentre comme ça, en passant, du moins pas dans ce contexte. C’est vrai qu’il faisait vraiment froid. Tu aurais vu de la lumière, entendu du bruit et tu serais entré ? Non, il a bien fallu que comme moi tu fasses la queue pendant une heure à 3 ° dans le noir. Pourquoi as-tu fait cela ? On t’a offert une place ? Oui, c’est cela, on t’a offert une place… Non, cela ne tient pas la route, même dans ce cas, ce n’est pas le genre d’endroit où l’on va pour rentabiliser une place gratuite. On l’offre, on le donne, on le vend sur E-bay le cadeau ennuyeux et empoisonné…

Je ne comprends pas. Tu sais, il y a des gens qui, lorsqu’ils se rendent dans ce genre d’endroit le font par amour. La première fois, j’avais 17 ans. Je pensais être prête. Je ne l’étais pas vraiment. Ce soir là, j’ai pris à l’âme un coup inoubliable. Je le connaissais pourtant, je le connaissais bien. Mais je ne le connaissais que de loin, je ne l’avais jamais vraiment rencontré. Il m’a balayée, épuisée. Mes jambes peinaient à me porter lorsque je l’ai quitté, j’avais pleuré sans discontinuer, mon corps en vibrait encore. J’en avais un gardé un souvenir vif, aiguisé. J’ai choisi le jour que tu as choisi pour venir de nouveau à sa rencontre. J’avais mis dix ans. Et tu as tout gâché. Tu m’as volé ce moment.

Que tu lui restes insensible, je peux le comprendre. Je ne le juge pas. Je ne le méprise pas. Mais pourquoi m’imposer ton insensibilité ? Pourquoi venir t’emmerder pendant deux heures dans un endroit glacial et du même coup m’emmerder ? On ne peut pas dire que le confort était à son comble… La bar du coin aurait mieux fait l’affaire tu sais. Ah non, j’oubliais, tu avais une place.

Que tu lui restes insensible, je peux le comprendre. Je ne le juge pas. Je ne le méprise pas. Que tu sois venu, alors que tu savais que tu t’y ennuierais ferme, je ne le juge pas non plus.

Mais que dans cette église Saint-Eustache, alors que 300 choristes et musiciens étalaient leurs tripes devant des yeux pour tes oreilles, qu’alors que s’élevait dans cet endroit extraordinaire le Requiem de Mozart, tu aies choisi de jouer sur ton portable, je ne me l’explique ni le comprends. Tu aurais pu sortir à ce compte-là non ? Tu ne l’entendais pas ton portable ? Tu ne voyais pas que tu gênais ? Tu pensais que ta voisine, moi, ne l’entendrait pas ? Tu pensais que tes messes basses à ta copines n’allaient pas me déranger ? Tu pensais qu’envoyer des textos sur un clavier sonore n’allait pas me déranger ? Tu pensais que répéter que tu t’emmerdais avait un caractère informatif de première urgence pour tes voisins ? Si tu avais eu 15 ans, j’aurais détesté tes parents. Mais tu en as trente et c’est toi et tout ce que tu représentes que je déteste.

Je ne comprends pas, et je t’en veux. Évidemment, tu t’en fous. De quoi ne te fous-tu pas ?

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