L’enfer, c’est les autres qui chantent la Macarena

chaanie-sp2Il est un fléau qui sévit dans les métro et RER parisiens. Oh, on pourra bien me dire que je suis égoïste, que mon cœur est aussi sec que mon compte en banque ; on pourra même, cela m’est bien égal, me traiter de vieille fille aigrie en situation chronique d’insatisfaction sexuelle ; je tiendrai courageusement ma position : j’en ai assez d’être agressée par des gens qui viennent ma casser les oreilles – que j’ai délicates- avec des refrains débilisants, couinés par des voix aigrilladres à la justesse approximative. Je n’aime pas le métro, je n’aime pas le RER : je suis claustrophobe et sujette aux crises d’angoisse. Pour supporter ces longs trajets dans ces couloirs obscurs, sinueux et étroits, je lis. Je lis même quand je ne suis pas dans le métro ou dans le RER, mais quand je suis dans le métro ou dans le RER, je lis furieusement. C’est un exercice difficile sachez-le : il faut chaud, ça sent mauvais, les gens sont bruyants, le climat est oppressant et il faut encore composer avec vos voisins, ces curieux indélicats qui essaient toujours de lire à l’oeil par-dessus votre épaule ; J’ai d’ailleurs une théorie à ce sujet : l’édition dit que le français lit peu. C’est faux. Le français lit beaucoup ; du moins lit-il beaucoup dans le métro et dans le RER. Pourquoi ? Parce qu’il peut y lire à l’oeil et en violant l’intimité intellectuelle de ses voisins. Je ne vois que ça. Je ne suis pas cynique. Par exemple, si j’ouvre « Les infortunes de la Vertu » du divin Marquis, je remarque que mes voisins de sexe mâle sont troublés : c’est pas une preuve ça ? C’est pas une preuve qu’ils lisent par-dessus mon épaule ?

Je lis donc dans le métro et dans le RER et ce, en dépit de toutes les tentatives sournoises des autres pour m’en empêcher. Mais il est une chose contre laquelle je ne peux rien : les emmerdeurs qui jouent de la musique et/ou chantent. Non, parce que je ne sais si vous avez déjà essayé de concilier la lecture d’une page de Proust avec en bruit de fond la Macarena, mais moi, je peine : je perds le fil, je m’emmêle les pinceaux, je m’embrouille. D’ailleurs ça marche aussi avec l’Équipe, j’en veux pour preuve les soupirs d’exaspération de certains messieurs lecteurs de ce glorieux journal, quand quelqu’un commence à chanter. Et puis, je serai claire : je n’ai pas envie d’écouter la Macarena moi ! Pas plus que tous les autres tubes de l’été qu’on nous sert pourtant à longueur de trajet. Oh, bien sûr, parfois, l’on tombe sur de réels artistes ; je pense à ce jeune-homme, beau comme un dieu, qui nous fit cadeau d’un tour de chant a capella revisitant les plus grands airs d’opérette avec un talent fou. Mais combien de boulets pour cette perle ? Le pire, c’est quand on doit faire face à l’organisation-des empêcheurs-de-lire-en-rond : ceux qui, non contents de venir vous emmerder avec des chansons minables, transportent avec eux une petite sono à laquelle -ô malheur- est accroché un… micro ! Alors là, c’est la fête à neuneu : on fait péter les décibels, et on beugle dans un angliche qui ferait passer Nelson Montfort pour un journaliste bilingue, ou un français identifiable comme tel parce que définitivement, « tournez les serviettes » de Patrick Sébastien, c’est français, des refrains entêtants, abrutissants qui vous collent au conduit auditif, comme le cérumen.

Jean-Paul disait que « l’enfer c’est les autres ». Cela ne me fait pas plaisir de le reconnaître, mais sur ce coup-là, Popol avait raison. Dans le métro et dans le RER, l’enfer c’est les autres. Surtout quand ils chantent la Macarena.

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