De la littérature…

chaanie-sp2Suite au Billet intitulé Et si c’était vraiment d’une nullité affligeante et à la discussion qui s’est engagée par la suite, je vous livre un commentaire qui relève le pari fou de répondre à la question qui m’a été posée : « Pour en revenir à la littérature, chaanie, pourrais-tu faire un billet un jour prochain sur ce qu’on entend par là. Je te pose la question car l’autre jour à la télé, les gens sur un plateau se demandaient si « Harry potter » était de la littérature alors que c’est le 3e livre (on compte la série) le plus vendu de tous les temps. »

Rougissante encore de mon audace, voici la réponse que je pourrais donner. Elle n’est pas révolutionnaire, elle se base sur mon rapport à la littérature et sur ce que j’ai appris au fil des années en l’étudiant, en la lisant et surtout en l’aimant.

Éléments de réponse :

Si j’étais capable de définir la littérature, le prix Nobel ne serait pas suffisant pour me récompenser : c’est ce que chaque écrivain et/ou théoricien du langage et de l’écrit a cherché et continue de chercher à faire depuis que l’on s’est posé la question de savoir qui nous étions et pourquoi on écrivait.

Voilà cependant quelques pistes sans prétention :

La littérature est un art et en tant que tel elle cherche sa propre définition, ses pouvoirs, ses limites et son rôle à l’échelle de l’humanité ; l’homme la crée, elle le recrée, il se récrée à travers elle. Elle est aussi « le laboratoire du langage » comme le dit Butor, et le langage est le propre de l’humanité et des rapports humains. La littérature est encore pouvoir : que la bibliothèque de Constantinople brûle et c’est un empire qui achève de sombrer et l’Europe qui s’éveille éclairée par ce grand feu qui amena à elle les manuscrits rescapés et avec eux les germes de l’humanisme !

C’est précisément cette réflexion philosophique et ESTHÉTIQUE, cette quête de sens, qui fait que la littérature n’est pas qu’une gigantesque suite de mots apposés les uns derrière les autres. Cette Grande littérature dont on parle tant, ce serait alors celle de Proust qui dans ses milliers de pages tente de redéfinir le temps, celle des philosophes des lumières dont l’œuvre a cherché à élever, à libérer l’homme et a contribué à établir nos démocraties, celle de Céline qui a inventé son propre langage pour dire l’horreur et le néant qui fuyaient l’étreinte du verbe…et de tant d’autres encore qui ont en écrivant tenté d’explorer l’âme humaine.

La littérature, c’est aussi la ciselure du langage, le territoire de tous les possibles, de la réappropriation culturelle, du rêve et du plaisir. Mais pour être écrivain, il faut maîtriser l’art de l’écriture, les règles claires ou tacites inhérentes à la création littéraire, qu’on les porte aux nues ou qu’on les attaque en déstructurant le langage par exemple importe peu, mais qu’on les considère est essentiel car une suite de signes ne fait pas automatiquement du sens et quand bien même il y a du sens, si la recherche stylistique est absente, si l’enjeu esthétique n’existe pas, alors il n’y a pas littérature. Pour s’en convaincre, il suffit de donner l’exemple des journaux. Les articles, fussent-ils du Monde sont-il littérature ?

Il y aurait donc aussi pénible soit-il de l’admettre deux littératures : si l’on s’accorde à en définir une grande, il faut se résoudre à ce qu’il y en ait une petite, logique. Si elles existent, elles sont toutes deux mal nommées puisque la grande ne méprise pas la petite mais n’a tout simplement pas les mêmes fondements, les mêmes buts que la « petite » qui elle, souffre d’une qualification réductrice laissant entendre qu’elle est du domaine de la médiocrité. Quand je dis que « Et si c’était vrai » n’est pas à mon sens de la littérature, je ne veux pas dire par là que je le place du côté d’une petite littérature que je mépriserais, non, cela veut dire que je ne le place nulle part, ni dans « la grande », ni dans la « petite » : aucune recherche esthétique, aucun style, une vague suite de signes racontant une histoire plaisante, voilà ce tout ce que c’est. Nous sommes beaucoup à être capables de faire cela…

JK Rowling a inventé une mythologie dans une langue claire, vive et agréable, elle a construit une vaste structure romanesque qui tient debout, Harry Potter ne serait être autre chose que de la littérature. Elle a du style que diable ! Même les littéraires de haut-vol aiment la lire.

Encore faut-il reconnaître que La littérature se fait souvent son propre juge : après tout on avait bien refusé le manuscrit de Proust ! Certains disent de Christine Angot qu’elle est géniale et qu’elle est la seule révolution littéraire de la fin du 20ème siècle, d’autres la méprisent et lui nient toute forme de talent : la seule chose sur laquelle les deux écoles s’accordent, c’est qu’elle offre une définition novatrice de la relation de l’écrivain à la littérature ; qu’on aime ou qu’on n’aime pas, force est de

constater que ses écrits sont le fruit d’une réflexion artistique, esthétique et morale. On peut toutefois s’en passer : Rowling n’a pas pour but de révolutionner la littérature, mais elle livre des ouvrages de lecture agréable, distrayante en accord avec les règles qui rendent viables la création littéraire. La littérature c’est aussi le plaisir ! Chacun est libre de décider à l’aune de son expérience de lecteur si ce qu’il lit est bon ou non en fonction de ses critères. De même, la critique littéraire a le droit de dire que tel ou tel ouvrage relève de la littérature ou non, s’il est bon ou mauvais, parce qu’elle l’évalue en professionnelle, en fonction d’un héritage culturel littéraire immense qu’elle maîtrise. Pour ma part, je me pose davantage en lectrice qu’en critique littéraire -un peu d’humilité que diable !- même si ma formation littéraire m’autorise à porter un jugement critique puisque c’est à cela qu’on me forme, entre autres choses.

Voilà ma réponse à ta question Magali, en espérant qu’elle te convienne. Elle est bien sûr conditionnée par ce que je suis et ce que j’aime et n’a d’autre légitimité que celle que toi et les autres lecteurs égarés sur mon blog, voudrez bien lui accorder.

De la littérature… – Blogo ergo sum (cliquez)

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